Couple devant une emission

Ça arrive plus souvent qu'on ne le pense. Les enfants sont couchés. « Moi je » ou « L'Heure de vérité » va commencer. Génial. Vous vous apprêtez à vous instruire. Vous préparez le sujet de conversation « intello » de la semaine.

Ça démarre sur les chapeaux de roue. Pour une fois, vous pouvez regarder et écouter tranquillement, sans commentaires ou digressions. Personne ne vous empêche de suivre religieusement.

Premier problème : vous avez soif et la bouteille que vous avez pris soin de transbahuter devant l'écran sacré est vide. Le temps d'aller recharger à la cuisine, vous risquez de perdre le fil. Et qui va vous raconter ce que vous avez manqué, hein ? Deuxième problème : tout cela est fort passionnant. Vous aimeriez bien en discuter avec quelqu'un ; pendant ou après, mais pas demain parce que ce sera trop tard. Vous pouvez toujours expliquer à Minou, Médor ou Planteverte ce que vous en pensez ; mais eux ne donneront pas leur avis. Ils savent se tenir : quoi que vous disiez, le contrat tacite est que vous avez toujours raison. Vous commencez à regretter sérieusement de ne pas avoir convoqué les voisins pour regarder ensemble le débat qui fera date dans l'histoire médiatique de la France. Vous envisagez vaguement de passer un coup de téléphone à Machin qui regarde sûrement aussi, mais votre délicatesse naturelle vous retient. Vous ne voulez pas lui faire louper l'émission. Et s'il regarde Dallas sur l'autre chaîne, vous serez bien avancée. Vous commencez à regretter la décision adulte prise avec délices quelques heures plus tôt. Mais vous tenez bon. Une vague torpeur s'empare de vos paupières. Vous luttez bravement. Zut ! il a dû dire un truc important, sinon pourquoi s'agiteraient-ils ainsi sur le plateau ? Vous vous torturez les méninges pour réviser à toute allure votre dossier. Si vous n'avez pas lu la presse du jour, vous êtes déjà larguée. Peu importe, vous allez quand même suivre, sans vous énerver. Les trois quarts des Français sont dans le même cas que vous. Peut-être dans un état plus avancé et déjà au lit, mais vous, vous allez la déguster, cette soirée. L'heure avance. A quelle heure devez-vous vous lever demain ? Ah oui... C'est peut-être idiot de s'instruire au détriment des heures de sommeil et de repos que votre organisme réclame à cor et à cri. Zut, encore décroché. C'est normal, aussi ! S'il y avait quelqu'un pour regarder avec vous, vous pourriez échanger vos impressions, vous énerver parce qu'on vous empêche de vous concentrer. C'est vrai que ça demande de la concentration, la télé, quand ça se met à être intéressant. Oh la la, quelle fatigue ! Un coup d'œil à la montre. Prise en flagrant délit de non-décrochage. 22 heures. Allez vite mettre vos sous-vêtements à tremper, ça sera toujours ça de gagné sur l'emploi du temps de demain. Qu'est-ce qu'ils racontent maintenant ? Vous redressez le coussin. Vous choisissez la position la plus inconfortable possible pour ne pas sombrer dans le sommeil. Mais qu'est-ce que c'est lourd, une paupière ! Vous allez vous mettre en tee-shirt ou en pyjama. Vous montez le son pour entendre les voix pendant que vous procédez aux ablutions rituelles : brossage de dents, démaquillage. Une petite crème de nuit. Retour devant l'écran. Tiens, c'est déjà terminé ? Franchement, quelle déception. C'était nul. La preuve : vous vous êtes à moitié endormie. Le problème, c'est que maintenant vous êtes parfaitement réveillée. Et que vous auriez bien discuté quelques minutes avant d'aller imprimer un creux dans votre matelas. La prochaine fois, vous sortirez votre tricot. Toujours dans la même optique : doubler les activités. Vous n'aurez pas perdu une soirée pour rien. Ou vous inviterez une copine qui vous cassera les pieds en vous empêchant de regarder. Mais c'était bon, non, cette soirée télé ?